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  • François

LE LIVREUR DE MOTS SANS MOT 🤐 - « Le secret Hemingway », Brigitte Kernel, 2020.

Je n'ai pas de mot face à ce coup de cœur époustouflant. Un moment de lecture magique. Ah, ce pouvoir des mots. Un roman sur la détermination. Être soi.


Il était Grégory, il est devenu Gloria. Il n'a pas choisi sa famille. Intervention chirurgicale à 64 ans. Il n'aimait que les femmes, surtout la sienne, Ida. Médecine, mariée, père de huit enfants.



1995, année de ma naissance. La sienne aussi. Année de son opération. Gloria. Son père aurait été furieux de la voir derrière les barreaux. Pourquoi était-il dans une prison de femmes avec un prénom féminin ? Combien de temps Gloria lui aurait elle pourri la vie avec ses histoires ?


Quatre mariages, avec des femmes, c’est peut-être trop pour un homme qui n’aime pas son corps. Et huit enfants. Huit. Il n’a jamais supporté décevoir son père. Déjà avant sa naissance. Tout était fait en sorte pour qu’il devienne un mâle à l’image de son géniteur. Il était la honte de son père. Il devait être un mâle Hemingway.


Elle était médecine. Radiée pour alcoolisme et déambulation nue sur la voie publique. L’année où le 41eme président, Bush père, fut élu. Ce moment où là médecine comblait sa vie. Ne plus pratiquer ce métier, difficile à admettre.


En prison, son épouse lui manquait, ses enfants aussi. À élever du mieux qu’on peut. Il a été un bon papa. Il a essayé en tout cas et peut avoir ce mérite là. On le dit désormais mauvais père. Être lui. Être elle.


Des scènes de violences insoutenables, à leur péter les couilles. Les étrangler avec. Le désamour de sa mère, les accusations de meurtres, et tout le reste. Faire sa place.


Brigitte Kernel raconte avec justesse, avec de beaux mots, la vie de Grégory-Gloria Hemingway, cette courageuse, cette femme forte, cette femme que j'aurais aimé connaître.


« Les coups, ce n’est rien, j’en ai reçu des dizaines, des gars qui en fin de soirée vous agressent. Mais les insultes, c’est le pire, ça ne cicatrise pas. C’est la terreur inscrite en vous, le tatouage odieux partout à l’extérieur et à l’intérieur de soi. »