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  • François

LE LECTEUR DU MOIS - MAI 2020

Qui dit nouveau mois, dit nouveau lecteur à l'honneur par ici. Pour mai, c'est Guillaume, étudiant en édition et bibliophile du compte @lagalerielitteraire, qui nous parle de La Conscience de Zeno, de Italo Svevo, un récit admirable selon lui.

Quel genre de lecteur es-tu ? Curieux. Je lis aussi bien des contemporains et des classiques que des correspondances d’auteurs, de l’histoire littéraire, des revues... Attentif. J’aime déceler la construction narrative, analyser la structure du texte. Parfois, par gourmandise sans doute, je lis les dernières lignes du livre. J’ai conscience que je vais être taxé d’hérétique, mais je trouve que la fin a son importance seulement dans la mesure où elle est bien ficelée. Exigeant. Je me détourne de la facilité et des clichés. Mes livres sont truffés de notes sur le texte, parfois aimables, parfois plus tranchantes. Lire, c’est être porté par une voix, un souffle, s’ouvrir à des possibles, goûter à un style singulier, découvrir des tentatives nouvelles de la forme.

Pourquoi as-tu choisi de nous parler de ce livre ? Zeno évoque ses souvenirs en vue d’une psychanalyse. Inconstant, en contradiction avec lui- même, il entraîne son lecteur dans ses combines, un méli-mélo insensé, désopilant et pathétique. Une lecture inoubliable, un style surprenant. L’un des plus beaux livres de la littérature européenne. Extrait : « "Il y a une chose qui ne change pas, c’est que tu es fou." Loin de m’offenser, je lui sus gré de sa condescendance et, pour l’en remercier, je voulus le faire rire un peu. J’allai me faire examiner par le Dr Canestrini, à qui je demandai un certificat (...), que je portai triomphalement à mon père. Mais il n’eut pas la moindre envie de rire. D’une voix altérée, les larmes aux yeux, il s’écria : "Mon pauvre ami, vraiment tu es fou !" »

Tu recommandes ce livre... aux désespérés confiants. Si je pouvais rencontrer un auteur, ce serait Émile Ajar ! Si je devais relire un seul livre, ce serait Le Père Goriot de Balzac Si je devais être un mot, ce serait « éphémère » (qui garde pour moi un charme discret, une sonorité suave)