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  • François

Interview Emmanuel de Reynal - Ubuntu, ce que je suis...

Bonjour Emmanuel de Reynal ! Début 2020, vous avez publié Ubuntu, ce que je suis... un récit qui rassemble une série de portraits et qui parle de l'identité. Ubuntu, vous nous expliquez ce titre ? Ubuntu est une philosophie Bantou que Desmond Tutu a su activer lors des commissions Vérité et Réconsiliation mises en oeuvre après l'apartheid en Afrique du Sud. Il exprime la véritable altérité qui unit les humains dans un rapport de fraternité et d'humanisme. L'ubuntu nous rappelle une vérité fondamentale : seul, on n'est rien, en lien on est tout... car "nous sommes" grâce à ce que sont les autres. En choisissant ce titre, j'ai voulu exprimer l'idée que nous sommes tous les héritiers d'une même humanité, et que nos petites étiquettes identitaires sont dérisoires. Ubuntu nous enseigne que nous sommes tous interdépendants. En quoi le sommes-nous ? Que veut dire incarner l'Ubuntu ? Nous sommes interdépendants sur deux axes : celui du temps généalogique, car nous provenons génétiquement d'une myriade d'ancêtres qui remontent dans la nuit des temps. Mais aussi celui de nos relations contemporaines, car nos personnalités se construisent chaque jour par le frottement avec les autres. Chaque rencontre, chaque échange, chaque interaction... contribuent à fabriquer notre personnalité. Qu'avez-vous voulu nous montrer à travers ces portraits ? À travers tous ces portraits, j'ai voulu exprimer la complexité de nos personnalités. Personne de peut être résumé par un cliché. Aucune caricature ne rend compte de ce que nous sommes, car nous portons en nous des apports multiples, des sources variées. Nous vivons une époque qui aime cataloguer les gens dans des groupes communautaires. Cette logique de partition est dangereuse et mensongère, car elle ne correspond pas du tout à la réalité complexe des personnes. Cette partition stupide ne conduit qu'à une chose : l'affrontement.

Dans l'un des portraits, celui de Yona, vous écrivez "Être fort, c'est être bien dans son corps"... En quoi vous sentez-vous fort ? Yona est une méditante. Elle cherche sa vérité en puisant au cœur de ses sensations intimes, et elle parvient ainsi à se connecter à sa propre nature, et donc au monde. En le faisant, elle rend dérisoire tous les facteurs extérieurs sur lesquels elle n'a pas prise. En cela, elle est forte ! Il y a aussi le portrait de Emmanuel Lafosse-Marin qui vit de plaisirs simples, quels sont les vôtres ? Les plaisirs simples sont ceux de la vie qui correspondent le plus à la nature humaine : communiquer, partager, rire... bref cultiver les liens. Un repas en famille, un apéro entre amis, une rencontre qui nous fait parler et écouter... Tous ces moments nous apportent de vrais plaisirs. Vous écrivez "Seul, on est rien. En lien, on est tout..." Sapiens est un animal social. Si vous coupez les liens qui le relient aux autres, vous le tuez littéralement. Notre existence repose sur notre capacité à communiquer, échanger, coopérer. Des expériences ont montré que des bébés privés de contacts humains ont une espérance de vie bien plus faible que les autres. Vous évoquez le déterminant "les" qui produit certaines généralités, parfois infondées... Dès lors que vous utilisez l'article défini pluriel "Les" devant un substantif, vous créez immanquablement une caricature. "Les" noirs, "les" blancs, "les" juifs, "les" arabes... sont avant tout des personnes qui ne peuvent pas objectivement être résumées sur la base d'un seul critère. Quand vous les enfermez dans leur "socio-ethnie" avec "les", vous créez un groupe identitaire facile à détester. Cet article défini pluriel est dangereux, car il est souvent l'antichambre du racisme, de la xénophobie ou de la haine. Vous préférez l'identité choisie à l'identité subie... ça veut dire quoi ? Je ne suis pas responsable de ce qu'il se passe dans la tête des autres. Ce qu'ils pensent de moi doit rester leur problème, pas le mien. C'est donc à moi de définir qui je suis. Pas aux autres. Si vous deviez écrire le portrait Je suis Emmanuel de Reynal, ce serait quoi ?

J'ai écrit ce portrait en écrivant Ubuntu ! Découvrez ma chronique sur ce livre que j'ai beaucoup aimé sur le compte Instagram @Livraisondemots

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