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  • François

CHRONIQUE 📝 - « Mon père », Grégoire Delacourt, 2019.

« Il lui semblait porter la mort au bout de ses bras comme d'autres portent de mauvaises nouvelles, aussi ses doigts incarnats n'attrapèrent-ils plus la vie ainsi qu'on cueille une fleur, de peur de la contaminer. Et lorsque le crabe se pointera en marchant de traviole pour qu'on ne le voie pas venir, ils ne tordront pas ses pinces. »

Un roman un peu trop sombre pour me plaire, sans aucun doute. Une histoire sur les dérives de l'Église. Il n'y a pas de mode d'emploi pour être père. Mais on sait que nous ne mettons pas au monde un enfant pour le propulser dans l'indicible. On veut tout pour lui. Sa chair, son sang. L'aimer, faire tout ce qu'on peut. C'est tout ce que veut être Édouard pour son fils de dix ans, Benjamin. Édouard rentre dans l'église, le silence règne. Il le rompt. Brise la Mère du Christ contre le mur, propulse les vases, fait basculer le bénitier, renverse tout. Les chaises. Arrache des pages, brise un vitrail. De la haine envers la religion. Pourquoi a-t-il fait tout ce vacarme ? Parce que son fils a subi le pire. Le viol d'un prêtre. Avoir des réponses, comprendre pourquoi. C'est tout ce qu'Édouard veut savoir quitte à se montrer violent, à l'image de ses révélations. Grégoire Delacourt absorbe le lecteur dans un huis clos gênant, paralysant parfois, entre un abbé et un père en colère. Entre incompréhension et pardon. Un roman noir, percutant, qui contourne le tabou, l'intolérable. C'est violent, peut-être un peu trop pour moi. Mais très loin de ce à quoi l'auteur nous avait habitué.