Rechercher
  • François

CHRONIQUE 📝 - « Miss Jane », Brad Watson, 2018.

Une ferme au cœur du Mississippi. Dans la famille Chisolm, Jane est la dernière arrivée, « par accident ». Elle naît avec une malformation encore trop méconnue en 1915, un handicap physique dont on ignore les raisons de le faire disparaître. Une anomalie qui l'empêche de flirter, d'avoir des relations sexuelle, et donc des enfants.

Sa famille et elle doivent vivre avec et mener une vie normale. Ou presque. Jane grandit sans réaliser qu'elle est différente des autres. Un médecin vient la voir régulièrement, il va être son confident. Elle sera sa confidente, à lui aussi. C'est lui qui lui dira un jour de quoi elle souffre et les conséquences de cette anomalie sur sa vie.


« Avec le temps, la beauté de l’enfant émaciée aux cheveux sombres et aux yeux bleus qu’elle était devait se métamorphoser, les années l’aiguiseraient, elle deviendrait un signe imperceptible de sa dissemblance, de sa farouche liberté, et un message silencieux adressé à tous ceux pour qui sa présence au monde paraissait impénétrable au-delà d’un seuil dont elle seule avait décidé. »

Du côté de ses parents, son père, confectionneur de whisky, se sent coupable de la malformation de sa fille, "trop radin que pour se payer une passe à deux dollars avec une putain".


Quelle histoire originale, écrite avec énormément de pudeur, loin de tout ce que j'ai pu lire dans le passé. Je ne savais pas, avant de lire ce livre, que ce genre de malformation existait. Loin de s'apitoyer sur son sort, Jane est un personnage doté d'une force et d'un courage incroyables, déterminée à vivre de la meilleure manière possible.


À travers son histoire, elle montre qu'une femme peut être autonome, indépendante et vivre sans pour autant avoir la protection d'un homme. On s’y attache. Je n'oublierai pas Jane de si tôt.


« Elle détestait l’humiliation de son incontinence, et elle espérait en grandissant la voir disparaître, mais elle finit par l’accepter comme une part d’elle-même, malgré les désagréments occasionnés. »