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  • François

CHRONIQUE 📝 - « Le silence après nous », Sarah Masson, 2020.

Un récit touchant. Un court premier roman prenant, une très belle plume, une auteure à suivre de près. Comment faire face au décès d’un frère ?



Ils ne voulaient pas se faire doubler. C’était un jeu. Le grand frère qui se prend pour James Dean, le pro de la conduite. Gabriel, Gaby. Parti trop tôt.


Elle est devenue un objet d’étude. Un cas clinique, qu’ils soulèvent, qu’ils déplacent, qu’ils soupèsent, à laquelle ils posent des questions.


Il y avait Mona, à l’avant. Tous les soirs, elle écoutait l’orage en direct à la radio, juste après les infos. Mona, c’est une fille discrète, sérieuse et bien élevée. Claudine, c’est son infirmière préférée, son carnet imaginaire. Une nouvelle qui vient de la géronto. Mona, elle voulait devenir sage-femme. Parce que c’est une guérisseuse, celle qui écoute les uns et les autres. Mona est devenue tétraplégique.


Il n’y a que deux filles parmi les pensionnaires. Elle et Camille, qui deviendront inséparables. La tétraplégique et la paraplégique. Camille, la mieux lotie. Sinon, il y a Louis, Ludo et Bruno, qui viennent plusieurs fois dans la chambre des filles. Par curiosité. C’est intriguant des filles handicapées. Ils ont soif de la vie à l’extérieur.


Il y avait Antonin, à l’arrière, le petit frère qui avait hésité à monter. Le rescapé qui tapait sur l’arrière de la voiture pour aller encore plus vite. Le petit frère qui aurait peut-être dû ne pas lâcher tant sa sœur.


Un roman sur la perte du contrôle de son corps. Sur l’incompréhension, sur le passage vers le néant, l’absence de désir envers les handicapés, comme s’ils étaient devenus invisibles. Un très beau roman sur la mort, un récit sur la fratrie et les relations familiales.

« C’est ainsi qu’on accueille les nouveaux, on ne leur fait pas croire n’importe quoi. On ne prend pas les précautions, on ne se berce pas d’illusions. On entre dans le grand bain. Pas de place pour la pudeur, ni pour les sentiments. »