Rechercher
  • François

CHRONIQUE 📝 - « Le pays des autres », Leïla Slimani, 2020.

Leïla Slimani nous embarque pour une trilogie qui promet d'être fabuleusement incroyable.


L'auteure s'inspire de la vie de ses grands-parents pour nous raconter le pays des autres. Celui qu’on ne connaissait pas. Amine et Mathilde. Elle était fille gâtée d'une famille bourgeoise alsacienne, il était colonel des spahis. Elle était grande, blonde.



Après la Libération, ils s'installent au Maroc, à Meknès. Des ruelles remplies de vie. Des odeurs, la mer. Quand ils étaient seuls, Amine se murait dans le silence et ruminait sa honte pour sa lâcheté envers son peuple. Il rentrait dans la maison, la saccageait. Mathilde lui faisait honte. Se taire, c’est ce qu’elle devait faire. Un jour, elle lui jettera des pêches au visage. Prends ça.

Mathilde se sent sous l'emprise de ce climat étouffant régnant dans le pays. Seule à la ferme avec leurs deux enfants. Renoncer.


Un peuple qui accepte difficilement le mariage mixte. Un choc des cultures, des traditions dans un pays loin d'être le sien. Comment rendre sa femme heureuse en respectant son propre pays ?


Un magnifique premier volet sur le choc des cultures, sur la résilience, sur la place des femmes. Qui nous emmène à la rencontre des indigènes, des soldats, des exilés.


Des personnages forts, attachants, qui prennent aux tripes et qu'on a envie de recroiser très vite. Leïla Slimani scintille, est fascinante et réussi ce premier volet, loin de sa zone de confort.


« La rue devenait ruelle, sombre et étroite, puis se terminait dans une sorte d’impasse où des voyous attendaient les hommes qu’une partie de jambes en l’air avait rendus imprudents. Amine le repoussa avec rudesse, il jeta un regard mauvais à la main que Mourad avait posée sur son épaule et ils s’arrêtèrent devant une porte sur laquelle un des hommes frappa. On entendit un cliquètement puis le glissement des babouches sur le sol et une rangée de bracelets qui s’entrechoquaient. La porte s’ouvrit et des femmes, à moitié nues, se ruèrent sur eux comme les sauterelles sur les récoltes. »